Nicolas Jarry (scénario)
Stéphane Créty (dessin)

Nains, tome 07 :

Derdhr du Talion

Bande dessinée, fantasy / heroic fantasy
Publiée le 19 avril 2017 chez Soleil

Quinze années se sont écoulées depuis l’incendie qui a ravagé Fort Druz. L’ordre du Talion n’a pas été détruit. Le pouvoir a seulement changé de mains, passant de celles des archivistes à celles des seigneurs de la banque de Pierre. Pourchassé par les maîtres assassins de la loge Noire, Ordo a renoncé à sa vengeance… Jusqu’au jour où la belle et mystérieuse Derdhr, l’un des plus puissant seigneurs de la banque de Pierre, vient le trouver pour lui proposer de terminer ce qu’il a commencé…

Dans ce tome 7, intitulé Derdhr du Talion, nous retrouvons quinze ans après les événements du tome 2 Ordo et le dragon Hurlevent qui enchaînent les vies d’emprunt pour échapper aux assassins de la Loge Noire… Mais l’ancien maître assassin est rattrapé par son passé (remember Waylander de David Gemmell !), et Derdhr la 2e fortune du monde l’engage pour contrecarrer les plans de son père Urus de la maison d’Ettorn la 1ère fortune du monde. Car avec la destruction de Fort Draz, le pouvoir au sein au sien du Talion est passe des espions aux banquiers…
Ordo rejoint donc la Cité-Etat de Cambrionne, où le roi Eloy prétendument conservateur, soutenu par la faction de la Banque de Pierre dominée par Derdhr, est en guerre avec son frère Abert prétendument réformateur, soutenu par la faction de la Banque de Pierre dominée par Urus de la maison d’Ettorn. Ordo est diplomate, garde du corps, stratège, ingénieur, guerrier, politicien, législateur, avant de redevenir assassin veut toujours une revanche sur son père qui a mutilé son âme en le vendant à la Loge Noire…

Il en oublie qu’ils sont tous les pions de la Banque de Pierre qui gagne à tous les coups !

– La main qui donne est toujours au-dessus de la main qui reçoit.

Bon, on va faire simple : Nicolas Jarry, Jean-Luc Istin, et Olivier Peru mènent les mêmes combats contre les forces occultes de la crevardise. Au fil du texte, on reconnaît rapidement la doxa des Chicago Boys, l’idéologie néolibérale / ultralibérale de Thatcher et Reagan et Emmanuel Macron, les complots des barbouzes de la CIA et les fourberies de cette saloperie de banque Goldman Sachs.

Et au fil du texte on comprend aussi les mécanismes de la financiarisation de l’économie, nouvel avatar de la grosse arnaque du système pyramidal : tant que ça marche les puissants gagnent beaucoup et les faibles peu, et quand ça ne marche plus les puissants ne perdent rien tandis que les faibles perdent tout (les années de croissance factice rapporte beaucoup à certains, d’où l’augmentation sans précédent des inégalités depuis la fin des privilèges, puis quand viennent les années de crise prévues voire organisée on présente la facture aux peuples qui raquent à la place de ceux qui se sont goinfrés pendant des années). Désolé camarades thuriféraires du Grand Capital, je suis un être humain, et pas un hominus economicus décérébré, ou pire encore un hominus crevaricus sans cœur et sans âme, donc l’instauration du féodalisme financier voire de l’esclavagisme financier très peu pour moi hein ! Oui la Banque dirige le monde, car non seulement elle gagne à tous les coups mais en plus elle veut tous nous amener et dans les ténèbres nous lier… (« car là où l’argent règne, il ne faut pas s’étonner des effets qu’il entraîne »)

En bref un très bon album aux textes et aux dialogues très travaillés, aux limites de l’existentialisme parfois (malgré une péripétie sans doute de trop juste avant le grand final éminemment shakespearien). Pour que la fête soit parfaite les graphismes de Stéphane Créty, qui ici a mangé du lion, sont largement supérieurs à ceux qu’il avait réalisés pour le tome 2 (qui étaient déjà très satisfaisants, du coup c’est la colorisation qui est un ton en dessous) !
PS: il y a plein de clins d’œil conscient ou inconscient à la saga d’Elric de Melniboné de Michael Moorcock, et j’espère que comme moi vous pendrez plaisir à les reconnaître et/ou à les débusquer !

note : 7,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

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