Nicolas Jarry (scénario)
Pierre-Denis Goux (dessin)

Nains, tome 01 :

Redwin de la Forge

Bande dessinée, fantasy / heroic fantasy
Publiée le 03 juin 2015 chez Soleil

Redwin, fils d’Ulrog, a grandi auprès d’un père aimant et attentif à son apprentissage de la forge. Mais, autrefois admiré de tous, Ulrog ne veut plus créer d’armes runiques. À compter de ce jour, Ulrog le forgeron est devenu Ulrog le Lâche. Humilié, fou de rage, Redwin est prêt à tout pour s’éloigner de son père et devenir un seigneur des runes : le maître forgeron et maître combattant de l’ordre de la Forge. Contre la volonté de son père, il se rend à la forteresse-état retrouver son oncle, un Vénérable de l’Ordre qui accepte de lui enseigner le combat et la forge d’armes. Pourtant ses victoires ne lui apportent aucune paix, aucun répit, bien au contraire, sa haine envers son père grandit de jour en jour. Dévoré par sa propre colère, Redwin deviendra seigneur des runes. Loin d’être un aboutissement, ce sera le début d’un long calvaire…

Ce tome 1 raconte une très belle histoire que n’aurait pas reniée feu David Gemmell (ou Paul Kearney, Joe Abercrombie, Javier Negrete, Michael J. Sullivan ou même Akira Toriyama le papa de Dragon Ball, mais c’est quand même l’ombre du maître anglaise de l’heroic fantasy qui a planer sur toute la série) : celle d’un père prêt à tous les sacrifices pour son fils, et celle d’un fils qui par ambition s’est perdu avant de se retrouver pour suivre la voie que son père lui avait toujours montré, malheureusement trop tard… (Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire !)
Après Le Petit roi dans la série Oracle, où un homme abandonnait son art pour exercer le pouvoir, Nicolas Jarry traite ici d’individus qui abandonnent le pouvoir pour exercer l’art. Et ce qui est plaisant, c’est qu’on sent le vieux routard qui a roulé sa bosse avec les nains classieux de l’univers des Terres du Milieux et les nains badass de l’univers de Warhammer ! ^^

Ulrog est le plus grand forgeron nain de sa génération, et de très loin. Mais forts de ses convictions pacifistes il refuse de forger quelques armes que ce soit. Redwin, traité de lâche et de fils de lâche est la risée des siens, à commencer du puisant et arrogant Rom qui l’humilie à la moindre occasion. Redwine ne comprend pas le manque d’ambition d’un père qui se contente d’une vie simple et heureuse au lieu de courir après la fortune et la gloire… Il fait le serment de devenir Seigneur des Runes, pour laver l’affronte qu’il pense avoir subi. C’est donc à la première occasion qu’il suit son oncle Jarsen qui lui apprend l’art de la forge et l’art du combat, espérant ainsi exploiter son talent et réaliser un retour sur investissant. Et c’est dans les arènes de la cité des sang-mêlé qu’il va apprendre la haine et la violence, et bien des années plus tard que grièvement blessé il participe quand même au tournoi désignant le nouveau Seigneur des Runes. Et c’est la présence de son vieux père venu le supporter malgré son aversion pour la violence qui va lui apporter la force d’accomplir ses ambitions : se venger de Rom, et devenir un champion de justice combattant la crevardise… Mais une fois ceci accompli, le vide de son cœur n’est pas comblé pour autant, il se perd en femmes, boissons et drogues avant de se donner un nouvel objectif : devenir Seigneur de Guerre. C’est à ce moment qu’il se rend compte que seule la violence peut lui faire oublier l’horreur de la violence, de sa propre violence en fait…

– Je ne forgerai jamais d’arme. Je refuse que ma magie soit mise au service de la mort et de la destruction… Le grand art doit s’exprimer à travers la vie. L’utiliser pour étouffer la lumière de la création, c’est le pervertir et se pervertir soi-même.

La guerre avec les mages noirs lui offre une occasion d’en finir en beauté : les rois nains en fort mauvaise posture ont décidé d’un duel judiciaire pour sauver la face, envoyant ainsi de pauvres bougres au casse-pipe au lieu d’assumer leurs erreurs…
ATTENTION SPOILERS Redwin apprend, de la bouche de son amie d’enfance qui l’a toujours défendu malgré le peu d’affection qu’il lui a témoigné, que son père est mort en reniant son serment (il a préféré la vie de son fil à la force de ses convictions) : pour son dernier combat, il lui a offert l’arme la plus puissante du monde et l’armure la plus résistance du monde… Et ce sont elles qui lui octroie la vie d’abord, la victoire ensuite, contre un demi-dieu que tous croyaient immortel ! Le roi lui demande de devenir son Seigneur de Guerre, et il pourrait facilement prendre le pouvoir pour lui-même avec l’aval du peuple… Mais Redwin décide d’expier ses fautes en abandonnant définitivement la voie de la violence en retournant au pays en compagnie de son amie d’enfance… Et la dernière page nous montre un père de famille comblé qui pourrait enseigner à son fils le Code Druss : FIN SPOILERS
« Ne viole jamais une femme, ne fais pas de mal aux enfants.
Ne mens pas, ne triche pas, ne vole pas. Laisse cela aux gens médiocres.
Protège les faibles contre les forces du mal.
Et ne laisse jamais l’idée de profit te guider sur la voie du mal. »

Les dessins de Pierre-Denis Goux sont très réussis, bien servis par les couleurs de Digikore Studios, réussissant l’alliance parfaite de la bande dessinée et du comics, dans un mélange des genres si cher aux éditions Soleil ! Ils sont même plus aboutis que ceux de sa participation au cycle des Maîtres inquisiteurs car on sent clairement qu’on lui a accordé plus de temps pour peaufiner son travail. Bref, du bien bel ouvrage pour les amateurs de fantasy et un beau lancement pour la série (notons aussi la présence d’un cahier graphique de 6 pages nous dévoilant les esquisses du projets Nains). Mais ce n’est que le début : Redwin entrera encore plus dans la légende en éradiquant les royaumes nécromanciens à lui tome seul (voir Nains tome 6), en rejoignant la Grande Alliance contre la Bête Immonde (voir Elfes tomes 11, 13 et 16), et en se trouvant un héritier pour (voir Nains tome 11)… Sera-t-il celui qui permettra la convergence des luttes dans l’univers des Terres d’Arran ? Seul Nicolas Jarry le sait, ou plutôt son niveau d’espérance ou désespérance face aux turpitudes et aux vicissitudes du TINA reagano-thatchéro-macronien… Sinon critique fadasse, pisse-froide et à côté de ses pompes des spécialistes d’Elbakin.net : je ne sais pas s’il faut en rire ou en pleurer !

note : 8,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

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