Nicolas Jarry (scénario)
Stéphane Créty (dessin)

Nains, tome 12 : Kardum du Talion

Bande dessinée, fantasy / heroic fantasy
Publiée le 24 octobre 2018 chez Soleil

Kardum est le fils d’un souffleur de verre. Il refuse cette vie médiocre de tâcheron. Au terme d’une longue et sanglante ascension, il devient l’un des plus puissants marchands de son peuple. Son commerce : les armes. De la dague aux engins de sièges, Kardum fonde un empire. Il fournit quiconque est en mesure de payer le prix fort, quel que soit sa race ou ses intentions…

Avec ce tome 12 intitulé Kardum du Talion, Nicolas Jarry fait du Nicolas Jarry et il reprend son schéma préférentiel du personnage qui a accompli ses ambitions à tout prix mais qui se retourne sur sa vie, en se demandant si pour être heureux il n’aurait pas mieux fait de se contenter de ce qu’il avait en premier lieu (comme feu David Gemmell le maître anglais de l’Heroic Fantasy il raconte encore et toujours la même histoire, mais avec tellement de talent qu’on reprend volontiers encore et encore, avec des variations qui donnent même envie de tout relire encore et encore)… Kardum fils d’artisan moitié truand moitié marchand a fait fortune dans le trafic d’armes pour s’inviter à la table des puissants, et il nous raconte son parcours de la tombe de son père trop tôt disparu à son palais somptueux de la Cité d’Airain qu’il tient dans sa main. D’un côté il nous dit et nous montre que tout est bon pour faire du pognon et on songe tout de suite au personnage de Yuri Orlov interprété par Nicolas Cage dans Lord of War
Mais d’un autre côté il revient tous les ans dans sa cité natale s’engueuler avec sa mère au sujet qui ne désespère pas qu’il reprenne la verrerie de son père, en se demandant s’il n’aurait pas mieux fait d’épouser son amie d’enfance Nadi qui a convolé en noces avec son rival d’antan… Il est sur le point de tout gagner mais il pourrait tout perdre, car les roturiers ne sont pas les bienvenus à la table des élites autoproclamées.

A la fin des analepses c’est trahi et abandonné qu’au bout du rouleau il est prêt à laisser tomber…

Seuls les hommes sont importants. L’or n’est qu’un outil, il n’a pas d’âme. Il n’est que le résultat d’une réussite et non la réussite en elle-même.

Monumentale erreur ! Donc vous êtes les bienvenus dans la Zone Spoilers !!!
Le personnage et son auteur n’ont cessé de mettre en scène son côté sombre pour mieux nous masquer ce qu’il est en réalité au bout du bout tous les petits cailloux blancs semés avec son compagnon d’arme Arban, son comptable Jarm, ses fleurs carnivores Scili et Layss, le roi de sa cité natale Garabadas qui a toujours fait passer les intérêt de son peuple avant les siens propres, se mettent à briller et à étinceler pour révéler sa véritable personnalité ! Non Kardum ne n’est jamais renié lui ou ses origines, non Kardum c’est un nouveau Moïse guidant son peuple vers la Terre Promise. La fin du tome nous laisse donc au tout début d’une guerre économique mondiale, et dans la lutte des classes elle oppose Derdhr l’aristocrate bankster qui veut diriger la terre entière et le self-made man Kardum champion du peuple qui fera tout pour la stopper ! Et là où c’est génial c’est que finalement l’un et l’autre sont les créations involontaires d’Ordo du Talion : dans le tome 2 l’anti-héros révolutionnaire pensait à tort avoir définitivement vaincu les forces obscures du Veau d’Or, et dans le tome 7 la revanche qu’il pensait complète se traduisait par un échec total avec des ploutocrates se lolant sur sa tombe… Son héritier spirituel prend la relève et ici c’est l’inverse car il triomphe là où il pensait avoir échoué avant de se loler en recevant le faire-part de décès du TINA ! FIN SPOILERS

Cela va chier des bulles pour les homines crevarices : Redwin, Sriza, Torun, Dröh, Ulrog, Jorun, Kardum… la Ligue de Justice naine parviendra-t-elle à libérer son peuple de la malédiction de la crevardise en réalisant le Grand Soir ? To Be Continued, mais je tremble car Nicolas Jarry en plus de sembler atteinte de maconite aiguë est très pote avec David Chauvel qui a assassiné l’Espoir dans sa série Wollodrïn… Pitié ne faites faites pas comme lui hein !

Le prolifique Nicolas Jarry enfile les bons scenarii comme des perles : cela fait des années que je regrette qu’il ne se remette pas à écrire des romans, mais je vais finir par regretter aussi qu’il ne se lance pas en politique tant il a tout compris aux maux d’aujourd’hui… Quant à Stéphane Créty, depuis qu’il s’éloigne des gimmicks comics son travail ne cesse de s’améliorer donc rien à redire sur des graphismes bien dessinés, bien découpés, bien encrés et bien colorisés !

note : 8,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

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