Vincent Perriot

Negalyod

Bande dessinée, science-fiction
Publié le 05 septembre 2018 chez Casterman

Un monde sillonné de tuyaux gigantesques et peuplé de dinosaures… Des villes qui flottent dans le ciel et recouvrent de leurs ombres les faubourgs grouillants d’une humanité industrieuse… Et un « réseau » omniprésent qui domine les terres et les hommes.
Jarri Tchepalt est un berger du désert de Ty. Il parle aux dinosaures et maîtrise l’art des cordes. Quand un camion générateur d’orage anéantit son troupeau, Jarri décide de partir en ville – pour la première fois – afin de se venger… Mais révolte et révolution ne mènent pas toujours là où on croyait.

Au beau milieu de nulle part, un cowboy solitaire mène son troupeau de dinosaures. Le soir venu, il trompe son ennui en tchatant sur les réseaux sociaux, et le lendemain il perd tout à cause d’un camion météo nucléaire et d’avions à réaction aux ailes en bois et en toiles… WTF ? Où est-ce qu’on est ? Quand est-ce qu’on est ???
Le Nouvel Incal est arrivé ! Vincent Perriot habitué de la littérature blanche s’essaye à la Science-Fiction, et c’est avec bonne volonté et grande humilité qu’il nous offre un stand alone de 208 pages qui ressemble peu ou prou à un pot-pourri : on est pile-poil entre Jack Vance et Pierre Bordage, entre Mad et Métal Hurlant, donc pile-poil chez Julia Verlanger, Druillet et Moebius d’où les faux airs de La Planète des singes, de L’Âge de Cristal, de Soleil Vert, de THX 1138, de Mad Max… Si on rajoute les clins d’œil conscients ou inconscients à Terminator, Totall Recall et Matrix et le grand final digne de l’Avatar de James Cameron, il ne me reste plus qu’une chose à dire : Oh Yeah !!!

Déjà l’Histoire nous montrait qu’avant nos grands déserts, il y avait des mers aux horizons infinis, et des milliers et des milliers de rivières aux noms oubliés… L’eau est partout dans les canaux, mais nous ne la voyons plus… C’est la rouille qui est devenue l’architecture de nos vies.

Dans un monde sans eau Jarri Tchapalt veut trouver le responsable de son malheur, et dans la très controversée Station 3703 il découvre une humanité hyperconnectée, mais totalement déconnectée de la réalité et entièrement soumise au Réseau à la fois dieu et dictateur technologique… Personne ne sait qui est le Réseau ou ce qu’est le Réseau, mais on obéit à des machines qui se régénèrent à l’infini dans l’espoir de monter en grade, de gagner plus d’argent et finalement d’être un peu au-dessus des autres. Tout le monde est donc prêt à tout et au reste pour rester dans ses bonnes grâces, et les élus vivent dans de gigantesques villes flottantes ravitaillées par des tuyaux et des escaliers géants qui sont autant de gigantesques pompes aspirant les ressources humaines et les ressources naturelles avant de rejeter morts et vivants par milliers parmi tous les autres déchets qu’il faut retraiter… Il rencontre le prophète Kam, le général déchu Alice et l’ingénieur surdouée Korienzé : ils ont un plan pour tout changer, mais peut-on vraiment lutter contre le système ? Youri Mic Igoma est supraprogrammateur, Karin Ron Noeme est géographe interespace, Brina Saad Michaa est spécialiste en furtivité, Nati Jalo est médecin d’urgence, Henri Dvak est pilote chevronné, Grez Abou Mdala est technicien en armement lourd, Colo Ybuoshi est astromécanicien, Wendi Twara est ingénieur système, Dan Zlan est espion réseau… Jarri qui parle aux animaux et qui est peut-être le dernier être humain connecté à la nature est-il leur sauveur ou leur fossoyeur ???

 

Bravo à Casterman d’avoir oublié les grosses ficelle du métier en publiant la série d’un seul bloc au lieu de recourir au bon vieux « tant qu’on gagne on joue » (donc on arrête au tome 1 les séries qui ne se vendent pas bien, et on continue ad vitam eternam les séries les séries qui se vendent bien). Alors certes pas entièrement emballé par les graphismes, mais une telle maîtrise de son art force le respect (mises à part quelques onomatopées superflues), car on mélange Mark Schultz, François Schuiten et Jean-Claude Mézières avec grand talent (et je ne peux que souligner le chouette travail de Florence Breton sur les couleurs)… OMG quel excellent film cela ferait ! 200 pages ne sont pas assez pour mettre en scène la relation de Jarri avec la nature et avec la civilisation, les liens entre Kam et Alice, entre Jarri et sa famille, entre Korienzé et sa famille, entre Jarri et Korienzé, ou la nature du Réseau vide absolu miroir de nos âmes et de ses désirs démesurés et contradictoires… La pile a été dévalisée dans ma petite librairie, et les recommandes sont aussitôt arrivées aussitôt achetées : assurément l’un des albums de la rentrée 2018 !

note : 7,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

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