Les Nuages de Magellan

Roman, science-fiction
Publié le 04 octobre 2018 aux éditions Scrineo

Sur Ankou, Damian Sabre, le leader des pilotes, veut renouer avec les rêves d’aventure jadis offerts par l’espace ; il exige des Compagnies qu’elles redonnent aux spatiaux la liberté de mouvement qui leur est désormais refusée. Aux confins de la Voie lactée, Dan, une jeune serveuse, chanteuse de blues à ses heures, rêve de partir vers les étoiles. En attendant, elle travaille au « Frontier », un rade miteux. L’espace, la mystérieuse Mary Reed en vient. Habituée du bar de Dan, elle semble se cacher sur ce planétoïde oublié de tous. De qui, et pourquoi ? Dan aimerait lui poser la question…
Merci Babelio, merci Masse Critique, Merci Scrineo ! Au XXVIIe siècle l’humanité a conquis les étoiles, du moins elle l’aurait fait si la ploutocratie ne lui avait pas confisqué pour la énième fois le fruit de ses efforts en s’emparant de la galaxie à son seul profit. Dans l’astroport d’Ankou il y a en marre des réformes régressistes synonymes de déclassement, de précarité et de pauvreté, appliquées de force au prétexte qu’il n’y a pas d’autres alternatives que la voie du pognon à tout prix… Damian Sabre est sur les barricades et veut croire en une solution pacifique, mais le grisby est sacré pour les nantis et comme d’habitude un agent infiltré provoque l’incident qui justifie que les autorité puisse commettre des crimes contre l’humanité en toute impunité, et pour ne rien gâcher avec la complicité de ses salauds collabos de médias prestitués… Dan est serveuse au Frontier, un bar paumé d’un coin paumé qui aurait dû être la tête de pont pour la colonisation des Nuages de Magellan avant que la ploutocratie ne décide d’instaurer le servage cosmique. Elle chante pour les nouvelles victimes de la lutte des classes, sauf que quelqu’un la filme, met la vidéo sur l’extranet et qu’avec des milliards et des milliards de vue elle en devient la nouvelle égérie et que la ploutocratie met sa tête à prix. Elle se réfugie enfuit à bord du vaisseau de son pilier de bar Mary Reed, sauf que cette dernière prend immédiatement la tangente elle aussi poursuivie par les chiens de chasse du Grand Capital. Car Mary Reed est en fait Liliam Rochelle la dernière figure de la Grande Piraterie dont la tête est elle aussi mise à prix : lancez le générique !!!

Buddy movie ou road movie ? Qu’importe la cavale de la légende et du boulet n’est pas sans rappeler celle de Thelma et Louise, et on alterne les flashback dans lesquels la légende raconte les grandes heures de la Grande Piraterie et les retours au présent dans lesquels le boulet doit affronter à travers moult péripéties les dures réalités de la vie. Dans L’Orphelin de Perdide, Stefan Wul nous racontait le rêve de Max le Pirate de l’Espâce qui voulait offrir un planète paradis à tous ceux qui avait soif d’espérance, ici on nous raconte la planche de salut de Sang Noir, Jonas et Sol Saint Clair les Pirates de l’Espâce qui n’ont d’autre choix que d’offrir une planète cauchemar à tous les réfugiés de la dystopie capitaliste : ne remercions pas les Ronald Reagan, les Margaret Thatcher et autres Emmanuel Macron qui avec leur TINA à la con ont construit années après années un tel Monde De Merde qu’ils nous ont volé nos espoirs et nos rêves au point que tout le monde est désormais persuadé que demain sera pire qu’aujourd’hui et que pour nous il n’aura plus jamais d’avenir heureux (Estelle Faye nouvelle victime de la Macronie après Arthur de Pins, Cyril Pedrosa, Roxanne Moreil, Nicolas Jarry et cie ?)… Au fil des péripéties la relation entre Liliam et Dan devient celle d’un mentor et son élève car la pirate cyborg rescapée de Bataille d’Ys cherche quelqu’un à qui léguer son passé, alors que la rookie naïve est en quête d’un idéal pour ne pas dire d’une cause… La quête de mémoire de l’une se confond avec la quête d’identité de l’autre, et au final poursuivis et poursuivants font route vers Carabe le dernier refuge de la galaxie pour le sauver ou pour le détruire. Un fin pleine de désenchantement entre rêve et réalité, ordre et chaos, espoir et désespoir ? Non ce n’est pas la fin, c’est le commencement ! No Pasaran !!!

Il faudra se battre, personne n’a dit que ce serait facile, ou que nous verrons la victoire de notre vivant… Mais si nous ne pouvons pas être le remède, alors nous serons la fièvre, et nous brûlerons si fort que la galaxie ne pourra plus nous ignorer.

Avec Les Nuages de Magellan nous ne sommes pas dans le Space Opera, mais dans le New Space Opera : le renouvellement réclamé à corps et à cri par la New Wave, de façon méprisante voire haineuse, c’est fait par l’intégration de toutes les thématiques du cyberpunk au space opera classique. On voit bien Pierre Bordage dans le rétroviseur droit et Laurent Genefort dans le rétroviseur gauche, mais ici c’est fait avec tellement de poésie qu’on ne peux songer qu’aux meilleurs textes de Robert Heinlein, d’Isaac Asimov, d’Arthur C. Clarke ou de Roger Zelazny : ceux qui suivent la musique cœur !
J’ai le privilège de suivre Estelle Faye depuis son premier roman (mdr les blasés d’en face qui l’ont bashé pour ensuite retourner leurs veste et l’encenser et la récompenser), elle a toujours eu un truc et on retrouve les grandes qualités et les petits défauts que j’avais repéré dès le départ : un imaginaire super, une belle plume, une grande culture, des émotions à fleur de peau et des personnages attachants et émouvants (car complexes et tourmentés), mais aussi une moindre appétence pour les scènes d’action, une intrigue parfois mal menée, des rebondissements pas toujours bien amenés et bien exploité,s et des tenants et des aboutissants pas pas forcément bien explicités (c’est en forgeant qu’on devient forgeron et le bon accueil du lectorat lui a permis de s’accrocher et de persévérer là ou tant d’autres ont dû abandonner : merci à vous tous amis lecteurs et amies lecteurs, sans vous on serait passé à côté de d’une belle âme et de belles œuvres !)… Si le duo principal est très réussi, les personnages secondaires sont malheureusement survolés car ils ne font que passer : Anshu le moine défroqué, Kieren la barman mutant, Sélène la videuse cyborg, Nashu le savant fou, Yero le climato, Gwen l’exobio, Dilby le mécano… Car l’auteure a fait le choix du roman court, c’est d’ailleurs tout à son honneur, et elle construit en moins de 300 pages un véritable livre-univers et le condensé d’une véritable saga, mais c’est aussi là que le bat blesse car les 35 dernières pages qui forment en quelque sorte l’épilogue de l’histoire auraient pu constituer un cycle entier en plusieurs tomes !

Mais allons plus loin… Pour en avoir parlé de vive voix avec elle, Estelle Faye est une enfant de la télé et elle a sa culture manga : ici parmi toutes les figures de l’Âge d’Or de la Science-fiction japonaise impossible de ne pas penser à toutes les thématiques de la saga Albator / Harlock… Mais pas seulement, car Dan en fuite coaché par Liliam, c’est dans Tytania de Yoshiki Tanaka le héros malgré lui Fan Hulic coaché par le Docteur Lee, vers lesquels se tournaient tous les regards et tous les espoirs au point qu’ils se retrouvaient obligés de rallier toutes les résistances avant de diriger la révolution totale contre le Grand Capital, et c’est fascinant de voir que Les Nuages de Magellan finissent là où commence la série culte de l’auteur japonais, à savoir Les Héros de la Galaxie, quand les victimes de la dictature fuient le bras d’Orion pour faire vivre la démocratie dans le bras du Sagittaire… Mieux encore les héroïnes cyborg d’Estelle Faye nous rappellent aux grandes heures de Motoko Kusanagi dans Ghost in the Shell de Masamune Shirow et Gally / Yoko dans Gunnm de Yukito Kishiro, elles ont même tellement de classe que j’ai immédiatement pensé à Teitania la guerrière badass de Shining Heresy elle aussi en quête d’identité, de vérité et avant toute chose d’une cause à défendre digne de ce nom… D’ailleurs Estelle, si tu me lis pense à redonner vie à Fyana et Chirico Cuvie les héros romantiques de la magnifique saga Armored Trooper Votoms : elle contient peu ou prou tout ce que tu aimes. Et désolé de signaler qu’au-delà du format que tu as choisi, tu es passée à côté de quelque chose de grandiose : tu es avait pioché dans les jeux mémoriels de Total Recall, tes twists de fin auraient laissé tout le monde sur le cul avant de ressusciter Queen Esmeraldas ! Oh Yeah !!!

Les éditions Scrineo donnent généralement plutôt dans le Young Adult bien pensé, bien calibré donc de qualité, mais là on a un vrai roman tout simplement (avec un livre-objet soigné et mis en valeur par une nouvelle chouette illustration de couverture de Benjamin Carré). Alors les spécialistes nous disent qu’il ne s’agit que d’un roman de pure divertissement : avec la Quête du héros aux mille et uns visages, la lutte des classes, le capitalisme, l’anarchisme, les utopies pirates, la conquête de l’espace, le transhumanisme, la cybernétique, l’écologisme, mais aussi la ségrégation et l’intégration à travers les romances lgbt… Que reste-il aux romans de pur intellectualisme ???

note : 7,5/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?
 

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