Buronson (scénario)
Kentarô Miura (dessin)

Oh-Roh

(pour public averti)

Manga, science-fiction / histoire
Publié en VF le 08 octobre 2008 chez Glénat
Publié en VO en 1989 par la Hakusensha dans Young Animal (« 王狼 »)

Iba Kengo, un jeune historien japonais champion de Kendo, disparaît mystérieusement lors d’un voyage sur la route de la soie. Un an plus tard, Kyoko, sa fiancée, retourne sur les lieux et est happer par un tourbillon de nuages noirs qui la projette au XIIIème siècle, en plein règne des Mongols et de Genghis Khan. Elle y retrouve Iba, devenu entre temps un puissant guerrier mais réduit en esclavage pour avoir refusé le service militaire. Le couple pourra-t-il vivre dans cette époque sans changer le cours de l’histoire ?

Buronson a rencontré la célébrité avec la cultissime saga post-apo Hokuto no Ken, mais il est aussi connu pour ses polars et ses séries historiques (même qu’il a commencé sa carrière par des titres relevant de la Science-Fiction). J’ai toujours pensé que de la barbarie du Moyen-Âge à la barbarie post-apo il n’y avait qu’un pas vite franchi, et ce titre ne me contredit pas du tout… Du coup on retrouve pas mal de gimmicks de son œuvre phare transposés du post-apo au Moyen-Âge, avec un héros badass affrontant des barbares punks, et on se retrouve avec un récit brut de décoffrage, à la fois viriliste et nationaliste, le tout à la sauce « Heavy Metal » ! (et je demande si l’auteur a lu Voici l’Homme de Michael Moorcock, tant les points communs sont nombreux entre les deux œuvres et leurs mécanismes communs au sujet des paradoxes temporels)

Et le scénariste Buronson à la carrière déjà bien établie donne ici sa chance au dessinateur Kentarô Miura en tout début de carrière… Alors oui, il n’est ici pas dans le nec plus ultra qui ensuite le caractérisera, mais bon sang ne saurait mentir : les graphismes sont ambitieux, le découpage est minutieux, les personnages sont badass, les visages hyper-expressifs, et les bastons dantesques nous emmènent au cœur de la folie… Bref, le souffle épique est déjà là !!!

– En quelle année sommes-nous de l’ère chrétienne ?
– L’ère chrétienne ? Ah oui, le nom que les marchands de l’Ouest emploient ? Je crois qu’ils disent quelque chose comme 1212.

Kengo Iba est historien, archéologue et champion de kendo (qu’on pourrait l’appeler Guts)… Il n’est pas revenu de son voyage d’étude quelque part sur la route de la soie, et sa fiancée Kyoko (qu’on pourrait appeler Casca) ne croit ni à sa mort ni à sa disparition : partie à sa recherche, elle est victime du même phénomène surnaturel que lui et disparaît du XXe pour apparaître au XIIe siècle. Et elle découvre que son fiancé est devenu un survivant combattant dans les arènes du sadique général Yang, un chien enragé qui pourtant refuse de tuer… Pour sauver Kyoko de ses griffes, Kengo va pourtant devoir apprendre à donner la mort !

C’est là que le scénariste bascule de la Portal Fantasy historique à l’uchronie nationaliste…
ATTENTION SPOILER Kengo et Kyoko parviennent à se débarrasser du général félon, pour être repérés par le Khan des Khans qui s’avère être un compatriote : le samouraï Yoshitsune Minamoto et le sôhei Benkai, héros légendaires de la Guerre Gempei, ne se sont pas suicidés le 15 juin 1189, mais sont passés sur le continent pour unifier les tribus mongoles et partir à la conquête du monde ! C’est une version de la légende répandue parmi les Japonais, qui n’ont jamais accepté que le plus grand empire de l’Histoire n’ait pas été fondé par eux… (les tentations impériales venant d’une civilisation isolationniste, c’est cocasse)
Yoshitsune, qui ici ressemble beaucoup au Silva Zoldik du Hunter X Hunter de Yoshihiro Togashi, vole de victoire en victoire avec Kengo à sa droite et Benkei à sa gauche… jusqu’au jour où Kyoko donne un fils à Kengo : le samouraï maudit qui avait renoncé à toute vie personnelle depuis la mort de sa femme et de son fils se voit offrir sur un plateau d’argent un héritier (car hors de question de léguer l’empire qu’il a fondé à des barbares d’une race inférieure !) L’enfant possède deux pères, mais il ne doit en rester qu’un : qui l’emportera du champion du passé ou du champion du futur ?
Achtung SPOILER dans le SPOILER, vainqueur Kengo a le possibilité de retourner dans le futur avec sa femme et son fils, mais maintenant qu’il a tué le Khan des Khans quelqu’un doit prendre sa place pour ne pas changer la trame de l’Histoire… En bon historien, Kengo n’hésite pas un seul instant à devenir Gengis Khan ! Oh Yeah !!! FIN SPOILERS

note : 7/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

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