Simona Mogavino (scénario)
Alessio Lupo (dessin)
sous la direction de Bernard Lecomte

Un Pape dans l’Histoire, tome 4 :

Le Règne des Borgia Partie 1

Bande dessinée, histoire / moyen-âge
Publiée le 13 novembre 2019 chez Glénat

Alexandre VI. Rome, 26 août 1492. Neveu et fils adoptif du pape Callixte III, et Rodrigo Borgia triomphe et s’assoit sur le trône pontifical ! A coups de corruption et de manœuvres politiques au sien de la curie romaine, il a su déjouer son grand rival, Giuliano Della Rovere, futur Jules II. Le nouveau pape règne alors en profitant, sans aucun scrupule, de son pouvoir pour favoriser sa propre famille et accumuler l’un des plus grandes richesses de l’époque.

Avec les Borgia il y a largement manière au romanesque historique, et c’est donc tout naturellement qu’on a confié le scénario à une habituée du genre à savoir l’italienne Simona Mogavino !

Sa grande idée est de rejeter en la banalisant la légende noire des Borgia qui se perpétue et se renforce œuvre après œuvre parce que le sexe et la violence font vendre. A la fin du Moyen-Âge les vœux de chasteté et de pauvreté ne sont respecté par personne à tous les échelons de l’Église, alors pourquoi accabler une personne plutôt qu’une autre ? Parce que les Borgia sont espagnols et que le game of thrones pontifical serait réservé aux Italiens ? Comment appelle-t-on cela au fait… Ah oui de la xénophobie, et au sein des élites, chrétiennes qui plus est, c’est d’autant plus détestable qu’on n’ont pas lésiné sur les moyens pour les discréditer en les faisant passer pour des monstres… (Syndrome Néron : les élites l’ont haï parce que comme outsider totale il a court-circuité toute l’aristocratie dans le game of throne de celui qui veut être empereur à la place de l’empereur, donc elles se sont vengése en le faisant passer à la postérité pour un monstre alors qu’il était sans doute meilleur que n’importe quel membre de l’autoproclamée haute et bonne société)

Durant l’époque où la chrétienté est divisée en papes et anti-papes, Rodrigo de Borja monte rapidement en grade en tant que neveu et fils adoptif (fils naturel ?) de Callixte III. On nous le montre comme un patriarche qui dirige son clan d’une main de fer, mais pour un « monstre » il a aimé et placée à de très respectables et très confortables positions ses maîtresses successives dont la dernière en date est la célèbre Giulia Farnèse, et il a tout fait pour placer le plus haut possible ses enfants qu’ils voyaient à la fois comme des moyens et comme des fins : Juan le guerrier, César le prêtre meilleur guerrier que son frère aîné, Lucrèce la belle princesse, le petit Geoffroi, etc. On n’en dira pas autant de bien des aristocrates et de bien des ploutocrates !

Fin politicien il intrigue encore et encore et parvient finalement par ravir le pontificat aux crevards Della Rovere à la mort d’Innocent VIII. C’est un pragmatique expert en « real politik » et sa devise c’est « do ut donnes » / «  donnant – donnant », mais dans une péninsule où Rome est déchirée entre ses grandes familles et l’Italie déchirée entre ses grandes cités il est aussi « seul contre tous » et coincé entres les ambitions espagnoles et les ambitions française. D’autant plus que son ami Laurent le Magnifique maître de Florence vient de mourir et que Savonarole l’un des pire fanatique religieux de tous les temps veut sa tête sur une pique (sérieux ce mec à encore des statues à son effigie en Italie, putain les terroristes artistiques ne font pas leur boulot comme il faut !)…

Les rumeurs sont une chose, les faits en sont une autre.

Rodrigo de Borja / Alexandre VI a aimé le pouvoir, l’argent, et les femmes, comme tous les puissants de son temps. Mais ses admirateurs comme ses détracteurs reconnaissent qu’il a été un administrateur hors pair faisant entrer la papauté déjà en avance sur son temps dans une nouvelle ère, un mécène brillant faisant de Rome l’un foyer majeur de la Renaissance, et un homme d’État qui s’est battu sans relâche pour unifier une Italie minée par des siècles de divisions, de rivalités et de conflits larvés (ce qui l’obligea à donner des bâtons pour se faire battre à ses adversaires : spoliation des grandes familles, usage massif de la simonie, ventes d’indulgences à grande échelle). S’il avait réussi, la face du monde en aurait été changé (d’ailleurs la BD insiste beaucoup sur le découverte des Amériques et ses conséquences), et OMG on peut se demander quel monde il aurait créé face à une contestation légitime qui allait donner naissance au protestantisme ! (ah ça, les appendices du plotmaster Bernard Lecomte sont ici bien réalisés)

Malheureusement le dessinateur n’est pas du tout à la hauteur de la tâche. Les fastes de la Renaissance passent à la trappe, les arrières-plans sont tout juste esquissés, les décors sont presque escamotés et le charadesign est au mieux inégal et moyen. En plus l’encrage mauvais, et la coloration n’est pas guère au niveau du sujet. Sommes-nous en face d’une Erreur Terrible de Casting ? Est-ce qu’un responsable éditorial s’est dit que comme le sujet était bankable on pouvait se permettre d’engager un tâcheron parce que lecteurs et lectrices sont cons, ou est-ce que le petit monde de l’entre-soi a encore aboutit à une énorme connerie népotiste ??? Après tout n’est pas affreux non plus, et peut-être qu’Alessio Lapo issu du vivier sans fin des artistes italiens est appelé à s’améliorer et à monter en gamme et en grade…

note : 6/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

 

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