Stephen Deas

Les Rois-Dragons, tome 3 :

L’Ordre des écailleux

Roman, fantasy
Publié en VF le 18 février 2012 chez Pygmalion
Publié en VO le 01 mai 2011 chez Gollancz (« Memory of Flames 3: The Order of the Scales »)

Alors que les factions rivales se disputent le contrôle du Palais Adamantin, la Némésis des hommes approche. Tous les dragons des royaumes s’éveillent de la torpeur alchimique dans laquelle ils étaient artificiellement plongés depuis des siècles, et leur nature furieuse reprend le dessus. Ils se rappellent leur passé, qui se confond avec la création du monde lui-même, et ils comprennent peu à peu ce que les hommes leur ont infligé… Leur vengeance sera brutale. Et tandis qu’une centaine d’entre-eux menacent de déclencher l’apocalypse, seule une poignée de Gardes Adamantins peut encore sauver l’humanité de l’extinction. Le prince Jehal saura-t-il à la fois lutter contre ceux qui veulent sa mort et obtenir de ses ennemis l’union sacrée qui, seule, peut les épargner tous ?

Une fin pauvre sans véritable résolution : voilà comment résumer succinctement ce tome 3 intitulé L’Ordre des Écailleux. Le début est bon (Meterora qui passe d’assiégeant à assiégé avant de crever salement), la fin n’est pas mal (la Team Neige donnant l’assaut du Palais Adamantin), et mine de rien il y a des scènes d’action çà et là… sauf que comme c’est systématiquement des massacres unilatéraux où tout le monde crève salement ça devient très vite très lassant. Il y a encore des intrigues et des complots, des sous-intrigues et des sous-complots, mais ils se finissent tous abruptement avec des protagonistes qui crèvent salement (encore que l’auteur est tellement évasif sur le pourquoi du comment comme sur les dénouements qu’on peut espérer que parmi tous les personnages morts salement et inutilement certains d’entre eux ne soient que « portés disparus »). Et pendant les trois quarts du roman on suit les pérégrinations de Kemir en plein crise existentialiste qui ne sait même pas s’il veut vivre ou mourir, qui finit à quelques dizaines de pages de la fin à se retrouver au cœur des événements sans les influencer aucunement…

 

« SHOW, DON’T TELL !!! »
Bon ben, on a les blackblocks fondamentalistes de Semian qui font le Grand Soir humain mais on ne les voit jamais (fortement antipathiques puisqu’ils veulent juste tout détruire), on a les dragons spartakistes de Neige qui font le Grand Soir draconique mais on ne les voit pas avant la fin (fortement antipathiques puisqu’ils veulent juste tuer tous les humain après avoir tuer tous les dinosaures)… De temps en temps on nous dit qu’ils arrivent, ou qu’ils ont détruit tel ou tel laboratoire des alchimistes ou telle ou telle aire d’élevage, et à quelques pages de la fin on nous dit en une ligne que les Royaumes du Nord n’existent plus et que les Royaumes du Sud sont totalement détruits. Et ouais, on est dans « la fantasty dynastique » et le peuple n’existe pas !
On a les Stark du Nord en guerre contre les Lannister du Sud, mais les uns est les autres s’aperçoivent qui sont tous manipulés par le Roi des Cimes qui aime bien la concurrence mais qui préfère le monopole. Du coup tous ceux qui haïssent Jehal le pervers narcissique parricide et fratricide doivent s’allier à lui pour se débarrasser de Zafir qui survit à tout en dépit du bon sens tellement elle est conne et colérique au point d’en devenir inutilement sadique. Donc on a une guerre avec des retournements d’alliance, mais on ne nous les montre que par intermittence par Stephen Deas applique à la lettre les conseils d’écriture de G.R.R. Martin qui comme chacun le sait s’est embourbé jusqu’au cou avec sa saga qu’il ne sait plus comment finir tellement il s’est éparpillé dans tous les sens… Dans le même temps, on a les alchimistes qui ne contrôlent les dragons que grâce à leurs drogues dont les stocks diminuent drastiquement qui demandent à cor et à cri de s’unir ou de périr face à l’insurrection des dragons spartakistes de Neige, ou d’effectuer une politique de la terre brûlée en génocidant les dragons qui pourraient rejoindre leur cause. Après Bellophoros, c’est Jeiros et Vioros qui tentent de sauver ce qui peut l’être quitte à se faire trucider par la ploutocratie mondialisée qui préfère croire en la fin du monde plutôt qu’en la fin du capitalisme. Sauf que là aussi, c’est vu par le petit bout de la lorgnette alors qu’il y avait tellement de bon trucs à raconter !

Il faut reconnaître au moins une qualité aux dragons : quand un infirme en chevauche un, tout le monde oublie qu’il est infirme. Femme, homme, enfant, moitié d’homme, dès qu’on nous met sur un dragon, ça ne compte plus. Ce qui compte, c’est que ce monstre nous obéisse. Parce que, quand le monstre nous obéit, nous devenons des dieux …

Putain, mais qu’est-ce que cela raconte à la fin ?
Où l’auteur veut en venir à la fin ? L’affrontement apocalyptique entre dragons et humains ? La révolte des esclaves draconiques contres les esclavagistes humains ? Le retour des « Hommes d’Argent » ? Les intrigues de Jehal le pervers narcissique qui s’ennuie et qui veut comploter à qui mieux mieux pour tromper son ennui comme le Joker dans le batmanverse ? Au bout de plus de 1000 pages, je n’en sais strictement rien !!!
Et puis qui est le personnage principal ? Au moins G.R.R. Martin se focalise grandement sur les membres de la Dynastie Stark, alors qu’ici les membres de la Dynastie de Sable et de Pierre sont tous plus insipides les uns que les autres : Almiri est une véritable fantôme, Jaslyn après son coming out animaliste fait son coming out lesbien (qui tous les deux vont accélérer le compte à rebours vers l’apocalypse), Lystra est une gourde de telenovela complètement conne et complètement sous le charme de son époux beau-gosse qui tue et assassine à tour de bras y compris dans sa famille et sans sa belle-famille…
Par deux les Siths vont, donc on a l’Accapareur et le Vérificateur, des mages de sang qui veulent s’emparer de la Lance de l’Orateur / la Lance d’Argent / la Lance de la Terre. Oui cela sort de nulle part, pour ne pas dire du cul de l’auteur. En fait tout le monde veut s’en emparer, mais personne à commencer par les lecteurs et les lectrices ne savent pourquoi. Alors on nous explique de manière pas très explicite qu’elle peut tuer les dragon en les transformant en pierre, mais comme les techniques d’empoisonnement des dragons gloutons ont largement fait leurs preuves on se demande bien pourquoi on en a fait un putain de MacGuffin ! Et pour ne rien gâcher on a les Taiytakei : Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Quels sont leurs plans ? Que font ces magiciens élémentaires qualifiés de demi-dieux ? Quels sont leurs pouvoirs ? Pourquoi sont-ils de retour ? On n’en sait strictement rien car ce n’est que du putain de foreshadowing pour la « 2ème trilogie » !!!

 

En bref c’était long, c’était lent et c’était chiant, et en plus comme tous les auteurs en manque de talent et/ou d’imagination Stephen Deas a écrit une trilogie en 7 tomes avec 2 tomes d’introduction, 3 tomes de transitions et de 2 tomes de conclusion (The Black Mausoleum constituant peu ou prou un Règne du Feu médiéval-fantastique étant à la fois l’épilogue de la « 1ère trilogie » et le prologue de la « 2ème trilogie »)… C’est marre et je m’arrête là, car il y a tellement de trucs plus plaisants à lire que ces machinlogies à rallonge qui ici en plus se vautre allègrement dans le grimdark martinien…

note : 4/10

Alfaric

Parce que notre avis n’est pas le seul qui vaille, quelle note mettriez-vous à cet ouvrage ?

 

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