Gou Tanabe
(scénario & dessin)
d’après H.P. Lovecraft

Les chefs-d’œuvre de Lovecraft :

Le Cauchemar d’Innsmouth 1

Manga, horreur / fantastique
Publié en VF le 14 octobre 2021 chez Ki-oon
Publié en VO en 2020 par Enterbrain chez Comic Beam (« Innsmouth no Kage / インスマスの影 »)

En 1927, le jeune Robert Olmstead débarque à Newburyport. En quête de ses origines, il n’a d’autre option, pour atteindre sa destination, que de prendre un bus qui passe par Innsmouth, ville voisine sur laquelle courent d’effroyables rumeurs : pacte avec les démons, habitants difformes, culte ésotérique d’un étrange dieu marin… La peur qu’elle inspire est telle que personne n’ose s’y rendre, et nul ne sait ce qui se cache derrière les façades de ses maisons délabrées… Pourtant, les mises en garde des résidents de Newburyport, loin de décourager Robert, le poussent au contraire à s’intéresser à ce lieu pestiféré : il décide d’explorer les méandres de la cité maudite ! C’est le début d’une descente aux enfers qui le mènera aux portes de la folie…

 

 

 

Robert Olmstead est un étudiant qui souhaite réunir observation de terrain et frisson de l’aventure, et c’est ainsi qu’il est presque magnétiquement attiré par la localité d’Innsmouth de sinistre réputation…

 

Dans son mini road-trip, il interroge employé de chemin de fer, conservatrice de musée, magasinier de petit commerce et quand il écoute le récit de Zadok Allen, clochard nonagénaire toujours en manque d’alcool, les pièces du puzzle semble se mettre en place si tant est que tout cela soit vrai : dans une ambiance plus lourde que jamais dans laquelle Innsmouth est un personnage à part entière pour ne pas dire une créature qui veut l’engloutir, il apprend d’où viennent les bancs de poissons qui permettent à la ville de survivre malgré la crise, d’où vient l’or qui alimente la fonderie qui permet à la famille Marsh de régner sur elle, d’où vient la tiare que son chef tient absolument à récupérer, et que si la population a naguère été décimée ce n’est pas par une épidémie.

J’avais écrit il y a bien des années qu’il y avait un super préquel à réaliser sur le récit de la nuit des longs couteaux entre les citoyens loyalistes et les créatures et leurs cultistes. Une fois de plus Gou Tanabe prend le temps de montrer ce que l’auteur d’origine veut à peine décrire pendant une quinzaine de page. Ah je suis sûr qu’avec un tel sujet un amateur d’horreur comme Neil Marshall pourrait nous faire un film culte de deux heures sur le coup d’État des Profonds !!!

– Innsmouth… Un port en décrépitude qui inspire le dégoût… J’ai hâte de voir ça !

La nouvelle illustre à la perfection les phobies de l’auteur puisqu’il insère ses tragédies familiales pleines d’internement à l’asile aux héritages de R.L. Stevenson, H.G. Wells et Lord Dunsany, et qu’au final, il met en avant ces maux personnels et primordiaux que sont la peur des autres et la peur de soi… D’où les interprétations complètement racistes qu’on peut faire de l’œuvre, qui ne doivent pas êtres très éloignées de ses pensées parfois nauséabondes…

Chinois, Canaques et Polynésiens ne sont pas considérés comme de véritables êtres humains, et ça ce n’est que la face émergée de l’iceberg du racialisme et du suprématisme bien-pensant : grosso modo nous avons un bobo WASP qui se rend dans une ville portuaire pour découvrir avec horreur que sa population s’est mélangée avec des êtres qui ne sont pas considérés comme humains pour donner naissance à des hybrides jugés repoussants, mais comme tout ressortissant d’une nation fondée sur l’immigration lui aussi est peu ou prou semblable aux métisses / hybrides qu’il abhorre… Ah ça, on sent bien le zemmouriste nord-américain confronté à ses propres contradictions ! (ce qui invalide complètement les private jokes intellos de Norman Spinrad dans Rêve de fer, mais ceci est une autre histoire)

Évidement le récit a inspiré films, comics et jeux vidéos et je mentionnerai Dagon du vétéran Stuart Gordon qui déplace l’action de la Nouvelle-Angleterre étatsunienne à la Galice espagnole pour une œuvre gore certes, mais qui se termine par un épilogue à la fois terrifiant et fascinant plus démons et merveilles que jamais, ainsi que le survival vidéoludique Call of Cthulhu: Dark Corners of the Earth qui vous permettra d’incarner le fuyard d’Innsmouth pourchassé par toute sa population humaine ou inhumaine…

note : 8,5/10

Alfaric

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