Bernard Cornwell

Les Chroniques saxonnes, tome 02 : Le Quatrième Cavalier

Roman, histoire / moyen-âge
Publié en VF le 11 septembre chez Bragelonne
Publié en VO le 03 octobre 2015 chez HarperCollins (« The Pale Horseman »)

878. L’Angleterre est assiégée : les Vikings occupent désormais la quasi-totalité de ses royaumes. Seul résiste un dernier bastion, une forteresse perdue dans les marais où le roi Alfred le Grand et les siens se sont retranchés avec ce qui reste de l’armée. Parmi eux, le comte Uhtred, soldat anglais de noble origine, pris en otage puis élevé par les Vikings durant sa jeunesse avant de rallier sa terre natale. Uhtred a longtemps été un Viking de cœur, mais lorsqu’il croise la route d’Iseult, une puissante sorcière, tout change. En ces temps troublés, le jeune guerrier va devoir mener bataille contre l’envahisseur comme contre ses anciennes loyautés…

Dans ce tome 2 intitulé Le Quatrième Cavalier, l’auteur continue de réaliser une belle reconstitution de l’Angleterre saxonne du IXe siècle. Mais tout est raconté à la première personne et le narrateur est toujours aussi peu sympathique : Uhtred est un gros bourrin sot et orgueilleux qui se croie meilleur que tous les autres mais qui comme bien des autres ne songe qu’à chasser et ripailler. Pour lui tous ceux qui ne possèdent ni armes ni armures ne sont que des faibles à exploiter, et sa vision des femmes se résume à « j’ai envie je prends ; je n’ai plus envie j’abandonne ». Bien sûr il déteste le christianisme : il vient d’une Northumbrie mal christianisée, ayant passé plus de temps chez les Danes que chez les Saxons il est victime du Syndrome de Stockholm, mais surtout l’auteur cache mal un antipapisme primaire ancrée de longue date dans la culture britannique…

Donc il déteste le Roi du Wessex Alfred parce qu’il est chrétien et qu’il est pacifiste alors que lui se veut païen et belliciste. Comme c’est la trêve entre Alfred le Grand et Guthrum le Malchanceux, Uhtred s’emmerde et pour tromper son ennui se lance dans la piraterie en terre bretonne avec son vieux compère Leofric et le pilleur dane Svein parce que l’occasion fait le larron : j’aurais pu bien aimé ce passage, sauf que dans la même veine R.E. Howard a écrit bien plus kiffant il y a déjà plus de 75 ans… En tombant sur un trésor viking il met fin à ses problème de trésorerie, mais il se fait des ennemis avec le perfide religieux Asser, le vaniteux saxon Odda le Jeune et l’impétueux dane Svein. Uhtred s’en fout complètement car il a mis de son côté et dans son lit la sorcière celte Iseult la Sombre (d’ailleurs de son épouse et son fils il s’en fout complètement aussi). Mais il finit par être rattrapé par la réalité : il est convoqué à la cour du roi et il est accusé à tort et à raison de tous les côtés, le roi s’en lave carrément les mains, et sa seule issue est d’affronter en ordalie l’exécuteur des basses-œuvres d’Odda le Jeune. Mais en plein duel à mort, les Dane lancent l’assaut sur le dernier royaume !

Nous amassons enfants, fortunes et terres, nous bâtissons château, rassemblons armées et donnons festins, mais une seule chose nous survit : la réputation.

ATTENTION SPOILERS C’est la débandade totale, avec désertions et trahisons de tous les côtés. La Team Uhtred est en cavale dans le Wessex désormais terre dane, mais il sauve la vie d’Alfred lui aussi en fuite à l’entrée des Marais d’Athelney. C’est là qu’on le narrateur devient moins antipathique : depuis qu’il a été évincé de sa seigneurie septentrionale (son oncle ayant pactisé avec l’envahisseur), il a soif de reconnaissance, et il préfère être reconnu par le perdant qu’ignoré par le gagnant… C’est ainsi qu’au nom du Roi Alfred il prend la tête de la résistance et qu’on assiste à une version presque grimdark des Joyeux Compagnons de Sherwood. Incapables de s’affronter directement Alfred le Grand et Guthrum le Malchanceux se livrent à une guerre d’influence en attendant le printemps : l’un et l’autre veulent une victoire rapide et définitive, mais ce sont les homme du pays qui donneront la victoire à celui qui leur offrira la meilleure chance d’avenir. La Team Uhtred mène les quelques centaines d’hommes au champ de bataille et le miracle survient : ils ne se battront pas à à 1 contre 10 mais à 4 contre 5 car des patriotes sont venus de tout le pays ! Alea Jacta Est, et la Team Uhtred au cœur de la folie va faire pencher la balance du destin du côté des Saxons et non des Danes !!! FIN SPOILERS

Comment dire… J’ai quand eu même désagréable impression lire un livre de David Gemmell avec moins d’action et moins d’émotion, avec moins de tragique et moins d’épique, et avec moins de cool et moins de fun. Les personnages sont légions et c’est scandaleux que ni l’auteur ni l’éditeur ne soit fichus de nous offrir un dramatis personae dans cette gigantesque comédie humaine. D’autant plus qu’on a pas mal de persos miroirs avec les religieux vils et fourbes, les religieux gentils et naïfs, les hommes qui ne pensent qu’à se bastonner pour acquérir la renommé, et les femmes qui veulent éviter qu’ils se bastonnent pour ne pas se retrouver violées. Pourtant bien exploités ou mal exploités certains personnages sortent du lot : Haesten l’esclave dane qui change de loyauté comme de chemise, Steapa Snotor que tout le monde juge vénal mais qui respecte son propre code d’honneur, Leofric l’audacieux, Svein l’impétueux, Iseult femme de caractère païenne prise au piège d’un monde chrétien plus macho tu meurs, Hild la nonne en quête de vengeance, Eanflaed la péripatéticienne humaniste, Æthelwold le loser magnifique ou le père Pyrlig à la fois ancêtre de Petit Jean et de Frère Tuck ! Mine de rien j’ai lu un tome 2 crescendo, donc je continue de laisser sa chance à la série en espérant qu’elle va s’améliorer (parce que oui c’est aussi un peu pénible quand même de s’appesantir pendant des pages et des pages sur des répétitions dispensables alors que des éléments ou des destins importants sont expédiés en 1 page quand ils ne sont pas traités hors-champ)…

note : 6,5/10

Alfaric

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