Atsushi Ohkubo
(scénario & dessin)

Fire Force, tome 1

Manga, fantastique / uchronie
Publié en VF le 19 mai 2017 chez Kana
Publié en VO à partir de septembre 2015 par Kōdansha dans le Weekly Shōnen Magazine (« 炎炎ノ消防隊 / En’en no shōbōtai »)

L’humanité est terrifiée par le phénomène de combustion humaine. Des brigades spéciales Fire Force ont donc été mises en place avec pour mission de trouver la cause de ce mystérieux phénomène ! Le jeune Shinra, nouvelle recrue surnommée le Démon, rêve de devenir un héros. Mais le chemin sera long et il devra, avec ses camarades, apprendre à affronter quotidiennement des Torches humaines !!

Je ne suis pas fan du travail d’Atsushi Ohkubo. J’ai détesté Soul Eater, et cela m’a créé quelques inimitiés sur la Planète Manga. Mais je ne suis têtu au point de ne pas lui donner une 2e chance, et c’est chose faite avec Fire Force lors des 48h BD 2020…

Dès l’illustration de couverture de ce tome 1 on comprend immédiatement qu’on est dans un récit de type « rescue » : pour ceux que les anglicismes rebutent pensez Pat Patrouille et Sam le Pompier… Mais pas que, car nous sommes peu ou prou dans une uchronie arcanepunk comme les Japonais savent si bien les faire : pour un manga consacré à des super-héros pompiers et à des pompiers super-héros (2 concepts en 1 très « masculins »), on a une religion basée sur l’adoration du soleil, des gentils pyrokinésistes et des méchants pyromanciens. Le Mal est incarnée par le phénomène inexpliquée des « combustions spontanées » qui transforme monsieur et madame tout le monde en torches humaines avides de chaos et destruction. On a donc les pompiers chargés d’éteindre les incendies qu’ils déclenchent quand les victimes de ce mal sont frappés de folie, et des super-pompiers chargés de neutraliser les « torches humaines » véritables créatures enragées. J’ai trouvé que le mangaka amenait une dimension fantastique assez plaisante car les super-pompiers agissent grosso modo comme des chasseurs de vampires car il faut traquer les monstres dans leur antre pour leur planter un pieu dans le cœur des créatures avec des religieux en soutien spirituel, et comme dans Bleach il faut davantage amener les victimes vers l’au-delà que d’éliminer des créatures surnaturelles (du coup là on passerait de chasseurs de vampires à chasseurs de fantômes)

Tout commence avec le jeune Shinra Kusakabe, 3e génération, membre de la Fire Force qui intègre la 8e Brigade et c’est à travers ses yeux qu’on nous explique l’univers, ses tenants et ses aboutissants. Car oui ceux qui survivent à leur rencontre avec les torches humaines peuvent acquérir des super-pouvoirs ici liés au feu. Tout cela ressemble bigrement au Radiant de Tony Valente, mais on mesure rapidement la différence entre un mangaka qui a beaucoup de talent et un mangaka qui en a beaucoup moins… On tombe immédiatement sur le héros de shonen qui a un rêve à accomplir : devenir un héros, quelle surprise, pour être admiré lui a toujours été craint, haï et bolossé (tout le monde aura reconnu Naruto). Évidemment il doit devenir plus fort pour accomplir son rêve, arrive très vite un rival, et ses confrontations avec lui vont lui permettre de devenir plus fort : ça alors, ce n’est pas comme si on nous avait déjà fait le coup 1 million de fois… Et on est pas loin du Gary Stu avec un héros adolescent orphelin porteur d’un grand destin, super doué, super motivé, mais détenteur d’un sombre secret qui lui permet d’être « trop dark de la mort qui tue » (cette fois-ci tout le monde aura reconnu Sasuke). On est dans un shonen parfaitement calibré pour le public ciblé, donc on peut ou ne peut pardonner le recours aux archétypes, aux stéréotypes et aux gros clichés. Mais moi ça me fait tiquer qu’on balance dès le tome 1 un tournoi qui ne sert à rien juste pour gratter des chapitres et respecter le cahier des charge (Naruto ou My Hero Academia attendaient au moins leurs deuxièmes arcs pour recourir à cette grosse ficelle de shonen). Même chose pour « le méchant qui sait » à la Bleach qui balance des révélations au compte-gouttes pour faire avancer le scénario mais pas trop, et qui se la joue mystérieux et fantasque pour accélérer ou ralentir ledit scénario en fonction des échéances hebdomadaires et des chiffres de ventres. Et dès ce tome 1 il vient foutre la merde dans le tournoi pour on ne sait quoi : encore une fois comme dans Naruto, mais Orochimaru qui lui le faisait pour des raisons bien précises participant à son plan pour détruire Konoha n’était pas comme ici un personnage eco+. On construit donc le récit comme une partie de Lemmings : on n’est plus dans une œuvre mais dans un produit…

Un jour, des gens se sont subitement enflammés aux quatre coins du monde… Ils sont la première génération de victimes de la combustion humaine.
Après ça, les victimes de deuxième et de troisième génération se sont adaptées aux flammes et ont même appris à les contrôler… En revanche, les victimes de première génération restent de redoutables « torches humaines » qui ont perdu la raison et qui se déchaînent jusqu’à leur dernier souffle de vie.
La mission de notre brigade spéciale est d’éteindre les torches humaines et d’apporter le salut à leurs âmes.

Le mangaka progresse dans sa voie (même si Fire Force sort du même moule que Soul Eater) : il met en place de bonnes idées, c’est pas mal dessiné et plutôt bien rythmé. Mais chassez le naturel il revient au galop : on retrouve les héros têtes à claques crâneurs et cabotineurs (on nous explique que Shinra Kusakabe a un tic qui le fait sourire comme un démon quand il est gêné ou stressé, mais c’est bien utile pour que l’auteur ne change pas ses mauvaises habitudes), les private jokes pas très drôles sur les chevaliers de la Table Ronde, et un traitement des personnages féminins à la limite de l’affligeant… C’est bien de mettre en scène une équipe de pompiers mixte car le milieu est réputé viril voire macho, mais c’est naze si c’est pour associer un personnage féminin doux spécialisé dans le « care » (pour respecter les gros clichés sexistes) et un personnage féminin dur spécialisé dans la « castagne » (pour ne être accusé de véhiculer les gros clichés sexistes). Je passe sur les scènes de douches, les décolletés douteux, ou les poses / situations suggestives, pour arriver directement au truc qui ne me donne pas envie d’être indulgent : la fille badass qui se plaint de toujours tomber sur des pervers chanceux qui la tripotent malgré eux… Euh, c’est juste du harcèlement sexuel caractérisé (imaginez City Hunter sans Kaori pour châtier durement les errements de Ryo Saeba : cela n’aurait pas été drôle, mais plutôt glauque car chaque récit n’aurait été qu’une suite d’agressions sexuelles). Et c’est d’autant plus scandaleux que c’est un fléau dont sont trop souvent victimes les femmes japonaises, donc aucune complaisance pour Atsushi Ohkubo qui plus qu’un récidiviste est un habitué de ce genre de trucs ! (je vais quand même tenter l’adaptation animée qui semble graphiquement de qualité, des fois qu’elle soit débarrassée de tout ce fanservice machiste de bas étage)

note : 5/10

Alfaric

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