Nicolas Jarry (scénario)
Bojan Vukic (dessin)

Mages, tome 4 :

Arundill

Bande dessinée, fantasy / heroic fantasy
Publiée le 26 août 2020 chez Soleil

Arundill a six ans quand elle est achetée par l’alchimiste “Triste Sourire” pour devenir à la fois sa disciple et sa fille adoptive… Vingt ans ont passé. Aujourd’hui la jeune femme appartient à l’ordre des Ombres et elle s’est jurée de retrouver celui qu’elle avait pris pour un père et qui lui a enseigné le grand Art. Elle brûle de se venger de ce qu’il lui a fait subir, même si pour ça elle doit enfreindre les règles et devenir elle-même une proie pour son ordre.

La série Mages continue sur sa lancée, avec un bon tome qui nous permet d’observer à nouveau le fascinant processus de création d’une œuvre collective :

D’un côté Nicolas Jarry amène sa trousse à outils avec une narration à la première personne pleine de mélancolie et de nostalgie, et avec un droit de quota de flashbacks joliment maîtrisé (et j’ai eu l’impression qu’il avait pioché dans l’allomancie de Brandon Sanderson pour son magicbuilding, avec des explications dignes de Maître Kenobi : la supracoolitude ça ne s’invente pas hein). Arundill en quête de son passé se pose bien ainsi des questions quant à son avenir (avec ce bon vieux schéma gemmellien de l’adolescent en colère contre la terre entière qui se cherche un père, donc un guide et modèle, donc une voie à suivre). Nous sommes mine de rien dans l’existentialisme : D’où viens-je ? Qui suis-je ? Où vais-je ?…

D’un autre côté Bojan Vukic abandonne les elfettes punks pour des magiciennes badass (on ne perd pas au change hein, surtout avec la persistance d’un certain érotisme lesbien), et on sent l’héritage DC / Marvel Comics dans les bastons dantesques qui envoient du bois en opposant super-héros, super-vilains et super-monstres. Il est certes encadré par le story-board de Benoît Dellac et des couleurs de J. Nanjan, mais force est de constater qu’ici c’est graphiquement bien meilleur que dans le tome 14 des Maîtres Inquisiteurs ! (l’encrage, les ombres et la lumière c’est pas encore ça, mais c’est tellement plus homogène que précédemmen

– Il arrive parfois que l’œuvre dépasse son créateur…
– Parfois l’œuvre dépasse son créateur… Mais ce n’est pas une règle absolue… Il arrive aussi que l’œuvre essaie de bouffer le créateur.

La capitaine Arundill est une alchimiste d’exception qui sous les ordres du Conclave des Ombres traque un à un les membres de la mystérieuse Confrérie Chimérique. Sauf qu’elle détourne la loi pour mener à bien sa propre vendetta, et que son collègue nécromancien Ravan a bien du mal à la protéger d’elle-même (ah une rousse pétillante et un albinos taciturne, ça rappelle au bon souvenir de The Witcher sans parler des amours d’un certain prince melnibonéen)…

Car Arundill c’est Rémi sans famille d’Hector Malot, sauf que son Maître Vitalis est un émule de Keyser Söze (les vrais savent). Et pour ne rien gâcher Arundill formée pour être la meilleure alchimiste de tous les temps découvre qu’elle tombée chez les Siths ! Toujours par deux ils vont (celui qui a le pouvoir, et celui qui doit lui arracher le pouvoir : les vrais savent), et autant élitistes que suprématistes ils veulent améliorer le monde de la magie en faisant s’affronter leurs apprentis lors de sanglantes « Battle Royal » (car il ne peut en rester qu’un : les vrais savent). Arundill a triomphé en survivant, mais au prix de son âme. Elle a voulu se rebeller, mais se faisant elle a perdu son passé qu’elle essaye de reconstituer. En investiguant sur la Confrérie Chimérique, elle reconstruit ses souvenirs tout en traquant son ancien maître, le « Triste-Sourire » qui a fait d’elle ce qu’elle devenue…

Attention c’est un récit à chute donc direction la ZONE SPOILERS !
Celui qui recherche la vengeance doit se préparer à creuser deux tombes : la sienne et celle de son adversaire. En prison c’est pour se punir qu’Arundill attend bien sagement que ses supérieurs statut sur son sort. On n’est guère surpris d’apprendre que son maître n’est pas mort après autant d’illusions, de faux-semblants et de kagemusha, le maître et l’élève ayant arpenté si loin les voies de l’alchimie que leurs homoncules sont des doppelgängers pratiquant eux-même l’alchimie. Non, on est surpris d’apprendre que le super-vilain est peut-être un super-héros. Sauron ou Gandalf, Palpatine ou Yoda, il était prêt à tout pour former son successeur : Arundill est-elle le messie ou l’antéchrist ? La fin est totalement ouverte, mais on connaît suffisamment Nicolas Jarry pour savoir ce qu’il a derrière la tête…

 

Déjà avec 4 bons tomes consacrés aux Terres d’Arran les Editions Soleil gâtent les amoureux de la Fantasy pour cette rentrée des classes 2020. La concurrence à du boulot : les collègues de Delcourt n’ont plus que le très bon 5 Terres, Glénat est encore là grâce aux adaptation de R.E. Howard et de Michael Moorcock, et Arleston continue de faire du Arleston chez Drakoo
Ensuite quel bilan pour cette saison 1 de Mages ? Un révolutionnaire prolétaire, un jeune justicier underground en mode Elric, un vieux justicier établi en mode Merlin, et une guerrière badass promise à un grand destin… C’est bien tout ça, c’est très très bien même, mais il va falloir faire du build-up pour ne pas se rater sur la saison 2 (ou continuer à faire du serial avec des stand-alone histoire de ne pas prendre de risque car tant qu’on gagne on joue)…

note : 7,5/10

Alfaric

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