Mathieu Lauffray
(scénario & dessin)
librement inspiré de R.E. Howard

Raven, tome 1 :

Némésis

Bande dessinée, histoire / pirates
Publiée le 05 juin 2020 avril 2019 chez Dargaud

1666, Mer des Caraïbes. Raven est un pirate téméraire et chevaleresque, capable d’exploits éclatants autant que de bourdes légendaires ! Ainsi, sa rencontre avec l’impitoyable Lady Darksee va s’avérer explosive. Rivalité farouche, fausses alliances et trahisons, une lutte sans merci s’engage ! Qui saura trouver le trésor perdu de Chichén Itzá ? Qui saura extirper les précieux joyaux des entrailles infernales de l’île de Morne au Diable ? Qui en sortira vivant ?…

Les récits de pirates, comme ceux de cowboys et de chevaliers, ou tant d’autres, sont très codifiés et très référencés. C’est un véritable exercice de style, mais aussi un formidable terrain de jeu car pour peu qu’on s’en donne la peine ça marche à tous les coups ! Le 5 juin 2020 Mathieu Lauffray l’un des plus grands talents de la BD française revient à ses premières amours à la fois comme dessinateur et comme scénariste, avec une histoire qui aurait bien eu sa place récit dans un film de la Dernière Séance, mais revu et corrigé au prisme de la modernité. J’ai trouvé que graphiquement c’était un chouia moins abouti que d’habitude, mais quand on voit toutes ces doubles planches époustouflantes on est obligé de dire « waouh » !

Première page : Raven, un flibustier français est en train de se noyer attaché à une ancre au fond d’une crique des Caraïbes… Le ton et donné et on est obligé de continuer pour savoir qu’est-ce qui s’est passé pour qu’il se retrouve dans une merde pareille ! Raven est un aventurier sans dieu ni maître poursuivi par la malchance, au point d’être qualifié de Jonas = porte-poisse par l’ensemble de ses camarades (et les choses ne s’arrangent pas quand il revient au port comme seul survivant de l’expédition du Capitaine Black Vane). Son vieux pote Kemba lui propose de participer avec lui à un raid à sur Maracaibo sous la direction de Montbars, l’Olonais et e Grammont. Mais lui préfère se la jouer solo, et c’est ainsi qu’il se retrouve sur une île volcanique peuplée de sauvages cannibales (Skull Island, le retour de la revanche), en concurrence avec l’impitoyable Darksee (on t’a reconnu Bêlit !) pour retrouver un trésor maudit appartenant à une déesse du suicide (tout un programme). C’est là qu’il tombe sur un clan gascon dirigé par Henri de Montignac a fait naufrage et qui est coincé dans un fort de fortune entre la mer et la jungle. Darksee est persuadée que le clan gascon est là pour le trésor et compte bien les faire parler, mais c’est Raven qui est là pour lui et il ne va pas se priver de mettre les pieds dans le plat… To Continued !

Île de la Tortue. 1666. La Jamaïque est tombée aux mains des Britanniques. La petite île au Nord-Ouest d’Hispaniola devient le plus actif des ports des Caraïbes. Partout les nations se battent, pour imposer commerce ou religion. Souvent les peuples subissent et souffrent les caprices des puissants. Esclaves ou prisonniers évadés, Irlandais fuyant les persécutions de Cromwell se mêlent aux aventuriers en tout genre. Désormais on les appelle boucaniers, pirates et flibustiers.

Alors il y a les références historiques (Tortuga 1666), les références littéraires (le vieux baroudeur et le jeune rêveur : remember L’Île au trésor), les archétypes du genre (l’île perdue et le trésor maudit, ou l’île maudite et le trésor perdu) mais surtout le filtre hollywoodien et le filtre howardien :
– Il fut un temps où le souffle de l’aventure gonflait les voiles de l’Âge d’Or hollywoodien (mêmes si après 1968, les gentils Anglais et les méchants Espagnols ont été remplacés par les Frères de la Côte anarchistes contre les Léviathans étatistes), et les gentlemen incarnés par Errol Flynn et compagnie s’interposaient entre les demoiselles en détresse et la racaille des Septs Mers. Roman Polansky parodiait déjà tout cela dans Pirates avec son roturier français amoureux d’une aristocrate espagnole, mais là la séquence d’introduction va encore plus loin (Raven galanterie française oblige s’oppose à ses camarades pour protéger la vertu d’une demoiselle péril, sauf que celle-ci est complètement cinglée et l’assomme avant de tuer tout le monde y compris elle-même en faisant sauter la Sainte-Barbe). Pour ne rien gâcher il y a quelque chose de pulpien dans la narration, avec en plus des changements d’unité de temps, de lieu et d’action bien marqués qui ne sont pas sans rappeler un certain Indiana Jones, icône des années 1980…
– L’auteur annonce d’entrée qu’il adapte librement la nouvelle Black Vulmea’s Vengeance du légendaire auteur texan R.E. Howard… Je ne préjuge pas de la suite (le récit d’origine ayant un côté survival très marqué flirtant avec Au Cœur des ténèbres de Joseph Conrad), mais c’est con car j’ai tout de suite reconnu une adaptation des Épées de la Fraternité Rouge que les amateurs de Conan le Cimmérien connaissent mieux sous le monde du Maraudeur Noir. Sauf que les deux auteurs ont toujours été réputés pour leur sérieux, et qu’ici on est visiblement dans la grosse déconne : on remplace le sombre Irlandais par un fier Français (non sans préciser la place des Irlandais martyrisés par les Anglais d’Oliver Cromwell dans l’Histoire des Frères de la Côte), en gardant les longs cheveux noirs et les ardents yeux bleus, mais l’ego du personnage est bouffé par sa fierté, son ambition et sa vantardise. Le personnage principal reste moins un baroudeur qu’un problem solver, et si c’est un véritable aimant à emmerdes il compense largement en balançant des coups bien sentis et des punchlines bien tranchantes… Mais, OMG c’est le Gipsy d’Enrico Marini qui passe du monde de la route à ce celui de la piraterie ! (Marini + piraterie ? j’achète de suite, mais si j’ai bien compris l’auteur italien est repassé en mode western)

Mathieu Lauffray comme R.E. Howard n’a jamais pu s’empêcher de mettre du fantastique partout, donc je gage que ce dernier fera son apparition avant la fin du 3e tome (pour ne rien gâcher ils sont tous les de bons voire fin connaisseur du genre fantastique dans leur pays respectif). Là ce qui m’emballe vraiment ce sont toutes les possibilités offertes par le relationship drama : la relation baroudeur / rêveur entre Raven et Arthur, la relation prolo révolutionnaire / aristo réformiste entre Raven et Anne, le triangle Raven = Conan, Darksee = Bêlit et Anne = Valéria, mais d’abord et surtout le choc des titans entre les egos surdimensionnés de Raven, Darksee et Montignac ! Ah ça oui, To Be Continued !!!

note : 8,5/10

Alfaric

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