Amish Tripathi

Shiva Trilogie tome 1

Le Secret des Nagas

Roman, fantasy / high fantasy
Publié en VF le 05 mars 2020 au Fleuve Noir
Publié en VO en 2011 chez Westland Press (« The Secret of the Nagas »)

Une épopée incroyable autour du personnage de Shiva, immigré tibétain et destructeur prophétique du mal qui doit affronter un adversaire capable de mettre en danger ceux qui l’entourent. Mû par une vengeance sourde, il est prêt à se lancer sur le chemin du mal, jusqu’aux portes des Nagas, le peuple serpent.

Dans le tome 1, Shiva chef d’une tribu himalayenne migrait avec son peuple vers les riches terres indiennes. Il était reconnu par les Meluhans qui contrôlent la Vallée de l’Indus comme l’élu de prophétie devant vaincre le Mal. C’est tout naturellement qu’après avoir affronté divers agents terroristes, il menait à la victoire l’armée de l’Empire Meluhan contres les armées des Royaumes Swadweepans qui contrôlent la Vallée du Gange. Sauf que les Swadweepans reconnaissent eux aussi Shiva comme l’élu de la prophétie devant vaincre le mal. On aurait alors pu avoir un aspect comique : « mais qu’est-ce que je viens foutre dans toutes ces prophéties ? », mais l’auteur a choisi l’aspect philosophique : « mais qu’est-ce que le Mal ? » Nous sommes donc dans le conte philosophique tel que j’ai pu en lire chez Jonathan Swift ou Voltaire, mais force est de constater qu’il y un côté science-fantasy (genre les psioniques capables de recevoir et d’envoyer des ondes radios) qu’on pourrait trouver chez notre René Barjavel national (qui comme chacun devrait le savoir était fasciné par les philosophies orientales)…

Dans ce tome 2 intitulé Le Secret des Nagas, Amish Tripathi suit plus que jamais la formule du couple Eddings : la Team Shiva qui ne cesse de s’agrandir au fur et à mesure des rencontres effectués par leur leader doit constamment et artificiellement se déplacer d’un Point A à un Point B pour s’approcher de la vérité. C’est d’ailleurs un souci : la dimension temporelle est importante, et d’un chapitre à l’autre il s’écoule des semaines voire des mois sans que cela se sente vraiment (et on retrouve un gimmick de nanar hollywoodien : les héros mettent des plombent pour se déplacer, alors que les méchants semblent se téléporter d’un endroit à l’autre pour les besoins du scénario). Pour les Meluhans le Mal c’est les Swadweepans, pour les Swadwepans le Mal c’est les Brangas (qui ressemble tellement à la communauté juive que je me suis posé des questions), pour les Brangas le Mal c’est les Nagas…

Le voyage est plus important que la destination, et au fil de ses pérégrinations Shiva s’éloigne des patriciens pour se rapprocher des plébéiens, et il découvre que le Seigneur des Nagas est plus proche de Robin des Bois que du Méchant Millénaire. Tous ceux qui sont qualifiés de maléfiques ne sont que des pauvres bougres victime du système, et Shiva découvre que le dirigisme socialiste des Meluhans profitent à une minorité au détriment de la majorité et que la liberté capitaliste des Swadweepans profitent à une minorité au détriment de la majorité. Tout le monde a des secrets, et Shiva doit les découvrir pour découvrir ce qu’est le Mal est comment le vaincre. Et comme le Mal est en chacun de nous, ce n’est pas gagné. Shiva est là pour apporter le changement, mais les élites qui ont encore plus de secrets que lest autres ne veulent pas que les choses changent car cela signifierait la fin de leurs pouvoirs et de leurs privilèges : c’est ainsi qu’à la veille d’atteindre la capitale des Nagas et de découvrir leurs secrets, il est attaqué par une mystérieuse faction qui n’hésite pas à recourir aux armes interdites de la grande guerre des dieux et des démons… Le cliffhanger de fin est de haute volée : Shiva en quête de vengeance découvre que sa quête de vengeance est totalement vaine. Qui donc est le véritable ennemi ? Et si le meilleur moyen de vaincre un ennemi était de s’en faire un ami ? To Be Continued !

Rien n’est plus important que la vie. On ne comprend la simplicité de ce fait qu’après avoir été confronté à la mort au quotidien.

Le propos introductif de l’auteur m’a fait flipper : il brosse son lectorat dans le sens du poil en faisant du nationalisme, de l’hindouisme et du prosélytisme. Mais que peut-on lire quelques pages plus loin ? « Je ne crois en rien tant que je n’ai pas vu de preuves. Et en leur absence, je préfère croire en ce qui m’apporte la paix, que ce soit la vérité ou non. » Après avoir fait du dieu Shiva un migrant, de la déesse Sati une intouchable, il fait de la divinité Ganesh non seulement un mutant freak mais d’abord et surtout un Joseph Merrick en mode Robin des Bois (la culture populaire indienne possède une très longue tradition de hors-la-loi volant aux riches pour donner aux pauvres). L’auteur a choisi comme ses héros de défendre la veuve et l’orphelin, les pauvres et les déshérités (comme ce rajah qui protège de la cruauté du monde ses sœurs siamoises) : il aborde frontalement les problèmes politiques, économiques, sociaux, religieux et culturels du sous-continent indien. Franchement plusieurs de ses partis pris plus ou moins blasphématoires si on se met dans la peau d’un fondamentaliste hindou lui aurait valu des menaces de mort dans une civilisation monothéiste persuadée d’être la seule à détenir la vérité.

Oui ce n’est ni de la grande ni de la haute littérature. Oui comme les idées priment sur le récit, la construction et son exécution sont parfaitement artificielles (mais l’auteur n’oublie pas d’offrir une dose d’action et de frisson en mettant en parallèle les combats de Shiva contre les bandits d’un brahmane renégat, et les combats de Sati contre un horde de lions mangeurs d’hommes). Oui c’est bollywoodien donc naïf et maladroit avec des romances à l’eau de rose (le général meluhan ayant fait vœu de chasteté perpétuelle et la princesse swadweepanne ayant fait vœu de plaisir perpétuelle vont-il unir le principe masculin et le principe féminin, donc les deux Côté de la Force ?). J’ai lu ce livre à grande vitesse et plutôt avec plaisir donc je vais être cash : je préfère largement des œuvres naïves et maladroites faisant la promotion de valeurs humanistes positives, à des chefs-d’oeuvre de cynisme et de sarcasme, de misanthropie et de nihilisme ! Voilà, c’est dit et tant pour ceux et celles à qui cela ne plaira pas !!!

PS: Entre les noms de personne exotiques, les noms de lieux exotiques et le vocabulaire exotique la barrière culturelle est assez forte. Un glossaire c’est bien, mais une carte et un dramatis personae cela aurait été bien aussi ! (sans compter qu’Annaïg Houesnard semble moins « agile » que Thierry Arson  : une trilogie traduite par plusieurs personnes, ça aussi c’est la magie des éditeurs français)

note : 6,5/10

Alfaric

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