Isabelle Dethan
(scénario & dessin)

Sur les Terres d’Horus, tome 1 :

Khaemouaset ou la loi de Maât

Bande dessinée, histoire /  polar
Publiée en novembre 2001 chez Delcourt

Mérésankh est la secrétaire particulière du seigneur Khaemouaset, fils du roi et grand prêtre de Ptah. Lors de l’inspection d’une tombe profanée, ils découvrent que d’étranges rites funéraires ont eu lieu, mais surtout que la momie supposée être une femme est un homme ! Un curieux dessin est reproduit sur la momie, un dessin qui remémore de vieux souvenirs à Mérésankh? Il faut donc mener une enquête et découvrir qui est cette morte inconnue. Escortée par Iméni, le garde personnel de Khaemouaset, Mérésankh va parcourir l’Égypte en quête de réponses.

Avec la série Sur les Terres d’Horus, Isabelle Dethan retrouve avec joie l’égyptologie qu’elle aime tant et cela se sent. Nous sommes sous le règne de Ramsès II au XIIIe siècle avant J.-C., et dans une succession de diptyques nous suivons entre histoire, polar et romance les enquêtes de Meresankh, femme libre et noble qui assiste le Prince Khaemouaset fils de pharaon et grand prêtre de Ptah qui l’aime, et qui est assistée par Imeni son garde du corps métisse aux cheveux roux qu’elle aime (on dirait Naomi et le Conteur dans sa première série mais le duo devient trio amoureux). C’est d’un grand classicisme dans le scénario, la narration et les situations (comme vous le savez originalité n’est pas non plus synonyme de qualité), mais l’auteure parvient à sublimer les rebondissements pulpiens, qui font alterner intrigues et complots, émotion et action, par ses aquarelles très soignées qui distillent de bout en bout une ambiance pleine de mélancolie et de nostalgie… Et comme elle a appris de ses séries précédentes elle trouve immédiatement le bon ton et le bon rythme. Toutefois mêmes si les albums font 55 pages au lieu du traditionnel et castrateur format de 48 pages, ses intrigues s’étalent sur 2 albums ou lieu de 3 albums et avec du recul cela se ressent fortement . Cela ne gâche pas la qualité de l’ensemble, mais cela empêche d’en exploiter tout le potentiel !

J’en profite pour disserter sur le choix de l’Égypte antique pour raconter ses récits. C’est un choix très pertinent pour de multiples raisons :
– le cadre fascine pour son exotisme, mais sa mythologie foisonnante n’est pas incompatible avec l’imaginaire chrétien pour la simple et bonne raison que l’au-delà égyptien à servi de modèle à l’au-delà juif puis chrétien
– la femme égyptienne est la plus libre de toutes les civilisations antique, et peut-être de toutes les civilisation avant le women’s lib des années 1970 du coup on peut développer de manière décomplexée des personnages féminins (j’espère que le lectorat féminin appréciera)
– l’esclavage n’existe pas dans l’Égypte antique avant l’arrivée des Grecs « inventeurs de la démocratie, de la liberté et de l’égalité », du moins la servitude y prend des forme pas pires que celles qui ont existé sous la « très civilisée » Angleterre victorienne (prisonniers condamnés au bagne, serviteurs de pères en fils ou de mères en filles que les grandes familles considèrent comme des biens communs ou individuelles)
– l’Égypte antique accueillait volontiers les immigrés de trois continents quitte à leur confier des postes à responsabilité des plus importants selon le principe de méritocratie, ce qui est loin de nos Grecs et de nos Romains qui préféraient des traîtres de souche prêts à tout et au reste pour leurs petites gueules plutôt que de loyaux serviteurs de l’État et protecteur du peuple d’origine étrangère… Soupirs… Si tu veux faire du « colorwashing » pour coller au multiculturalisme de nos sociétés, c’est tellement plus simple de prendre l’Égypte antique pour cadre de ton récit, plutôt que de faire du médiéval pas médiéval et du fantastique pas fantastique avec des chevaliers black-blanc-beur-asiat !

– Sire, vous êtes né pour vous faire craindre. Non pour vous faire aimer.

Dans ce tome 1 intitulé Khaemouaset ou la loi de Maât et paru en 2001, nous découvrons les personnages principaux que sont le Prince Kha, son assistante Meresankh, et son garde du corps Imeni. Ils sont de prime abord appelés sur une étrange histoire de pillage de tombes, puisque les pilleurs sont repartis sans aucun butin… Et pour cause, la tombe est maudite car accueillant les dépouilles d’hérétiques ayant eu recours à des sacrifices humains pour tromper la vigilance des gardiens de l’au-delà et gagner leur ticket d’entrée au paradis. Leurs premières investigations au Fayoum démontre que la secte est toujours active, et lié à la légende d’Ossum la Cité d’Or. Pire la secte a infiltré les plus hautes sphère du pouvoir et plus personne n’est à l’abri de ses méfaits. Pour Pharaon, qui appartient à la XIXe dynastie ayant remis à l’honneur le culte de Seth le Rouge et béni par Seth lui-même (Ramsès II avait les cheveux roux), c’est une catastrophe qui pourrait décrédibiliser le pouvoir tout entier, et si la secte a accès aux richesses fabuleuses d’une cité d’or elle pourrait bien prendre le pouvoir pour elle-même…

Le conseil royal prend ses décisions, mais lui-même peut-être infiltré : Khaemouaset poursuivra ses investigation à la capitale, tandis qu’Imeni et Meresankh partiront au Sud à la recherche de la légendaire Cité d’Ossum qui serait située dans une région où les disparitions et les faits étranges se multiplient. Mais est-ce la raison ou la passion qui guide leurs pas ? To Be Continued !

note : 8/10

Alfaric

2 Commentaires

    • Alfaric

      En tant que pure scénariste, elle a fait encore mieux avec « Le Tombeau d’Alexandre »…

      Réponse

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